Calendrier

Résidences de création
Décembre 2018 - Juin 2019
Création
Juin 2019 dans le cadre du Festival franco-allemand Perspectives de Sarrebruck

Distribution

Texte Dorothée Zumstein
Mise en scène Catherine Umbdenstock
Dramaturgie Katia Flouest-Sell
Scénographie & costumes Elisabeth Weiß
Lumières Manon Lauriol
Régie Pierre Mallaisé
Administration Pauline Hyron
Diffusion Valérie Teboulle
Avec Christophe Brault, Charlotte Krenz, Lucas Partensky et Pascale Schiller

Production

production epik hotel
recherche de co-productions en cours

CONTACT PRO

Pauline Hyron
administration(a)epik-hotel.com,
+33(0)6 85 45 23 15

Valérie Teboulle (diffusion) : vteboulle(a)gmail.com
+33(0)6 84 08 05 95

INVASION (titre provisoire)

Notes préliminaires

Frontière
Quand Catherine Umbdenstock m’a proposé, il y a quelques mois, de travailler avec elle sur la notion de frontière, sa proposition a aussitôt résonné en moi. Loin d’être une abstraction, la notion a aussitôt suscité un lot d’images. Les origines mêmes de Catherine – née à quelques dizaines de kilomètres de l’Allemagne, dans un pays aux frontières fluctuantes, tantôt français, tantôt allemand – ainsi que les souvenirs et fantômes qui habitent les maisons de famille de la région, entreront en jeu dans le processus d’écriture et nourriront mon inspiration.

Petite & grande histoire
Depuis ma pièce Time Bomb (Mémoires Pyromanes) – tragédie écrite en vers libres et retraçant le destin d’Ulrike Meinhof de la clandestinité à la mort et son combat perdu d’avance car mené avec une génération de retard – je n’ai cessé de chercher à confronter les temporalités. La proposition de Catherine, qui m’offre d’écrire pour quatre acteurs de deux nationalités différentes (deux actrices allemandes, deux acteurs français) mais aussi de deux générations (vingt ans séparent les plus âgés des plus jeunes) confère un terrain idéal à cette confrontation. J’y vois l’occasion de mêler petite et grande histoire, drame intime et tragédie collective. Dans ce cas précis, cette dernière aussi relève de l’intime dans la mesure où l’histoire des Alsaciens (à travers le destin des « malgré-nous », ces français enrôlés de force dans la Waffen-SS dont le sort n’est pas sans rappeler celui des Harkis pendant et après la guerre d’Algérie) fut longtemps occultée par l’histoire of cielle.

Un texte en vers
D’autres éléments caractéristiques du théâtre auquel nous aspirons font écho à cette notion de frontière : l’abolition de celles qui sépareraient acteur et personnage ; le désir de ne pas choisir entre théâtre de texte et théâtre d’action (d’où l’attachement au vers – libre pour moi, régulier pour Catherine). En écrivant Time bomb (Mémoires Pyromanes) pièce construite autour du destin de Ulrike Meinhof, je rêvais d’une langue qui traverse les corps (violemment, comme une flèche ou une balle) mais qui soit aussi force motrice, propulsante. J’ai trouvé cela dans le théâtre de Catherine – théâtre qui ne met pas en opposition poésie et mouvement, et où la tragédie n’est jamais loin de la comédie – et vice versa.

Une maison de famille
De la pièce à venir, j’entrevois déjà certains éléments. Tout d’abord un lieu : une maison de famille inchangée depuis les années 50 – et renfermant secrets, photos des disparus sans tombeaux, confessions à demi-mot... Une époque, la fin des années 90 – époque qui sera mise en résonance avec la fin des années 70 (correspondant à la jeunesse de deux des protagonistes) ainsi qu’avec l’immédiat après-guerre. Et des personnages, pour l’instant à peine esquissés : sans doute y aura-t-il un cinéaste ou metteur en scène tyrannique ayant longtemps vécu en Allemagne et revenu dans la maison de son enfance avec l’idée d’y tourner un film évoquant l’histoire de sa mère récemment disparue ; une actrice allemande à la blondeur archétypale qui fut la muse et l’épouse de celui-ci, et le retrouve des années plus tard à cette occasion. Je crois qu’il y aura aussi une jeune actrice. Et un fils prodigue...

& la disparation des fils, l’Amérique, les langues interdites...
J’entrevois d’autres thèmes ou figures : un enfant mort à dix ans, présent dans toutes les pièces de la maison, fils de la mère du metteur en scène et d’un américain de l’armée de libération reparti aux Etats-Unis avant sa naissance. À travers ce petit fantôme, frère aîné du metteur en scène, il s’agira aussi d’évoquer la disparition des fils (près d’un tiers des malgré-nous, enrôlés à dix-sept ans, périrent sur le front ou dans les camps russes). Il y aura aussi l’Amérique, partout évoquée : par la photo du soldat américain trônant au-dessus de la cheminée ; par une statue d’Auguste Bartholdi (enfant de Colmar et auteur de la Statue de la Liberté) léguée à la famille, de condition modeste, par une riche employeuse ; par les rêves de la comédienne plus âgée, autrefois forcée de renoncer à la carrière hollywoodienne qu’elle ambitionnait. Il y aura aussi une réflexion sur la langue : sur la langue maternelle, sur la langue choisie (on sait que nombre de jeunes allemands voyageant à la fin des années soixante-dix, « gommaient » leur accent et prétendaient venir d’ailleurs que d’Allemagne), sur la langue interdite (l’Alsacien, frappé « d’indignité nationale » car trop proche, dans l’immédiate après-guerre de la langue de l’occupant nazi). Il va sans dire que notre souci ne sera pas tant de raconter « une histoire alsacienne », que de convoquer – au travers d’un décor spécifique, singulier et intime – l’universalité d’un thème, à savoir le rapport de l’individu à la frontière.

L'autrice
Dorothée Zumstein a écrit une dizaine de pièces, parmi lesquelles MayDay mis en scène à La Colline par Julie Duclos (2017), Never Never Never (Prix des Journées de Lyon des Auteurs de Théâtre; aide à la création 2012) & Mémoires Pyromanes (Prix des Journées des auteurs de Lyon 2006, successivement mis en espace au Théâtre Gérard Philipe par Philippe Duclos, au Théâtre du Vieux-Colombier par Laurent Muhleisen et au Théâtre du Rond-Point par Yves Charreton). Toutes sont parues aux Editions Quartett. Elle a obtenu en 2012 une bourse du CNL pour Ammonite, écrite et présentée aux 40emes rencontres d’été la Chartreuse de Villeneuve-les-Avignon. Outre de nombreux romans ou nouvelles (Joyce Carol Oates, AM Homes, Dan Fante), elle a traduit plusieurs pièces de Shakespeare pour la scène (Le Roi Lear et Richard III, mis en scène par Laurent Fréchuret; Macbeth mis en scène par Eric Massé), et la Tempête pour le Théâtre de Privas. En 2017, elle traduit Massacre à Paris de Marlowe pour Laurent Brethome. Pour Eric Massé et la Cie des Lumas elle a également écrit Migrances (Subsistances, Lyon, 2010) ; pour Laurent Fréchuret & le CDN de Sartrouville Harry et Sam. Pour Elizabeth Macocco et le CDR de Rouen, elle écrit d’après Opening Night Alias Alicia.